Ce qu’est le naskh
Le naskh désigne, dans la révélation, la modification d’une prescription par une autre. Le corpus l’entend ainsi : « dans la langue, l’effacement et le transfert ; dans la loi, qu’un indice légal survienne après un autre indice légal en réclamant le contraire de son jugement ».
Il faut écarter d’emblée un contresens : le naskh ne porte pas sur les récits ni sur les vérités de croyance. Il concerne les prescriptions pratiques (aḥkām ʿamaliyya) : un commandement peut être remplacé, une interdiction levée, une permission restreinte. Les fondements de la foi, eux, ne sont pas abrogés.
Le naskh n’implique aucun changement en Allah
La difficulté théologique est la suivante : si Allah ordonne une chose puis son contraire, ne change-t-il pas d’avis ? Ce serait admettre en Lui un changement (taghayyur), incompatible avec son immutabilité.
Le corpus dissipe l’objection par une distinction de perspective. Le naskh est « un changement du point de vue de notre science, et une clarification de la durée du jugement du point de vue de la science d’Allah ». Autrement dit, Allah sait de toute éternité que telle prescription vaudra jusqu’à tel moment, puis sera remplacée. Pour nous, qui ne connaissions que la première étape, cela apparaît comme un changement ; dans la science éternelle d’Allah, rien n’a changé.
La sagesse du naskh
Pourquoi Allah procède-t-il par étapes plutôt que de fixer d’emblée la loi définitive ? Le corpus y voit une sagesse pédagogique et une miséricorde. Les hommes sont conduits progressivement : une charge allégée peut être imposée d’abord, puis une autre, selon ce qui convient à un moment donné.
Le naskh manifeste aussi la liberté souveraine d’Allah dans sa législation. Il n’est pas tenu de donner une loi unique et immuable ; il ordonne ce qu’Il veut, quand Il veut. Cette souveraineté n’est pas de l’arbitraire, car elle s’accompagne toujours d’un bien pour les créatures.
Il faut noter que le naskh n’équivaut pas à une annulation sans raison. Il suppose que la première prescription ait été effectivement en vigueur pendant un temps, puis que sa fin soit signifiée. La loi divine n’est donc pas un ensemble de règles suspendues dans l’abstrait : elle s’inscrit dans l’histoire concrète des communautés auxquelles elle s’adresse.
L’abrogation des lois antérieures
Le naskh ne joue pas seulement à l’intérieur d’une même révélation : la loi apportée par notre maître Muhammad ﷺ abroge certaines prescriptions des communautés antérieures. C’est ce que signifie l’idée que sa mission est universelle et définitive : avec elle, la législation prend sa forme finale.
Cette abrogation ne contredit pas la véracité des prophètes précédents. Ceux-ci avaient apporté une loi valable pour leur temps, comme un médecin prescrit un remède adapté à un état donné. Le remède change quand l’état change, sans que le médecin ait menti ni changé de science.
À retenir
- Le naskh est la substitution d’une prescription légale par une autre ; il ne touche ni les récits ni les croyances.
- Il n’implique aucun changement en Allah : il clarifie, pour nous, la durée d’un jugement connu de toute éternité.
- Sa sagesse est pédagogique et miséricordieuse : Allah conduit les hommes par étapes.
- La loi de notre maître Muhammad ﷺ abroge certaines lois antérieures : la législation atteint sa forme définitive.
- L’abrogation ne dément pas les prophètes passés : leur loi était valable pour leur temps.