Un mot, plusieurs thèses

Le relativisme ne dit pas simplement que les gens pensent différemment ; c’est un fait. Il affirme que la vérité ou la valeur dépendent d’un cadre : culture, société, époque, individu.

Il faut distinguer :

  1. Relativisme descriptif : les croyances et les mœurs varient selon les sociétés. C’est une observation, et elle est largement vraie.
  2. Relativisme normatif : ce qui est vrai ou juste pour une culture l’est, et il n’y a pas de point de vue supérieur pour juger.
  3. Relativisme méta-éthique : les jugements moraux ne sont vrais que relativement à un standard adopté.
  4. Relativisme épistémique (post-moderne) : la vérité elle-même serait une construction de pouvoir ou de langage.

La confusion entre le premier (fait anthropologique) et les suivants (thèses philosophiques) est la source de bien des malentendus. La diversité des mœurs n’entraîne pas à elle seule le relativisme normatif.

Le problème central

Le relativisme a une difficulté de structure : il doit s’excepter lui-même. S’il est vrai que « toute vérité est relative à un cadre », alors cette thèse elle-même est relative — donc elle n’oblige pas ceux d’un autre cadre. S’il est absolument vrai, le relativisme est faux.

À cela s’ajoute la question de la critique. Condamner l’esclavage, la torture ou le génocide suppose une norme transcendant les cultures. Or le relativisme normatif retire l’outil même de la critique. Il se rend souvent complice de ce qu’il dénonce.

La question de la norme

Beaucoup de relativistes ne veulent pas abandonner la condamnation morale : ils veulent que certains actes soient vraiment mauvais. Mais alors il leur faut une norme. La difficulté est la même que pour l’humanisme séculier : d’où vient-elle ?

L’analyse ashʿarite

Le kalām ne nie pas la diversité : il la reconnaît et l’explique. Mais il distingue :

  • Les conventions (ʿādāt) : elles varient légitimement selon les sociétés. Le Prophète — notre maître Muhammad ﷺ — a laissé certaines coutumes en fonction des usages.
  • Les normes : elles viennent de la loi révélée, qui fixe ce qui est obligatoire, interdit ou permis.
  • La vérité : elle ne dépend pas du cadre, mais de la conformité à ce qui est.

La position ashʿarite sur le bien et le mal est subtile : les qualifications morales sont relationnelles (elles dépendent des fins et des circonstances), et pourtant elles sont réelles et déterminées normativement par la loi. Le relativisme a donc raison de refuser un « monde de valeurs » figé et impersonnel ; il a tort d’en conclure qu’il n’y a pas de norme du tout.

Enfin, le kalām affirme la responsabilité individuelle : chaque personne est jugée selon ce qui lui est parvenu. Ce n’est pas un relativisme de la vérité, mais une justice dans l’application.

À ne pas confondre

  • Diversité et relativisme : le fait que les mœurs diffèrent ne prouve pas que la vérité diffère.
  • Tolérance et relativisme : on peut tolérer sans renoncer à toute vérité.
  • Conventions et normes : toutes les règles ne se valent pas ; certaines sont locales, d’autres universelles.

À retenir

  • Distinguer relativisme descriptif (fait) et normatif/méta-éthique (thèse).
  • Le relativisme s’auto-réfute ou n’oblige personne.
  • La critique morale suppose une norme qui dépasse les cultures.
  • Le kalām distingue conventions, normes révélées et vérité, avec une éthique relationnelle mais réelle.