Le statut des « enseignements révélés »
Les réalités de l’au-delà relèvent de ce que la raison admet comme possible mais que seule la révélation détermine. La raison peut établir qu’Allah est puissant et que la résurrection n’a rien d’impossible ; mais c’est le rapport véridique qui nous informe qu’elle aura effectivement lieu, ainsi que ses détails.
Al-Ghazālī expose une règle de méthode : lorsque la révélation rapporte une chose, trois cas se présentent.
- Si la raison en juge la possibilité, on la tient pour vraie, d’une certitude si l’indication révélée est catégorique.
- Si la raison en juge l’impossibilité, il faut interpréter le texte, car une indication révélée catégorique ne peut contredire la raison.
- Si la raison suspend son jugement, on tient le texte pour vrai : il suffit, pour l’accepter, que la raison ne le juge pas impossible.
Cette distinction est capitale : ne pas savoir si une chose est impossible n’est pas la même chose que savoir qu’elle est possible, et l’acceptation est due dans les deux cas.
La résurrection
La résurrection consiste à redonner l’existence à ce qui existait auparavant, et à créer un semblable pour ce qui n’avait pas existé. La difficulté soulevée par certains — comment un corps détruit peut-il être « le même » ? — se résout par la distinction entre ré-existence (restitution de ce qui a existé) et création d’un semblable. Dans tous les cas, le texte révélé est vérifié et l’objection levée.
Le châtiment de la tombe
Le barzakh et le châtiment de la tombe sont établis par des preuves révélées catégoriques : la pratique constante de la communauté de demander protection contre ce châtiment, et des versets comme celui qui décrit le supplice des gens de Pharaon « exposés au Feu matin et soir ». L’objection muʿtazilite — comment un mort peut-il être châtié alors qu’on voit son corps intact ? — est écartée : le châtiment ne concerne pas nécessairement le corps apparent, et la possibilité en est claire.
L’intercession
L’intercession de notre maître Muhammad ﷺ est reconnue par l’unanimité. La question est de savoir à qui elle profite. La réponse du corpus : elle concerne les pécheurs parmi les croyants, et non ceux qui sont déjà assurés du Paradis. Cette position découle de la miséricorde divine et de la distinction entre la foi qui sauve et le péché qui est pardonné.
Le bassin, la balance et le pont
Le bassin (ḥawḍ), la balance (mīzān) et le pont (ṣirāṭ) sont rapportés par des voies multiples. Les muʿtazilites en nièrent certains ; le corpus maintient que ces réalités sont établies par la transmission et doivent être acceptées, car elles ne sont pas impossibles et la révélation les rapporte.
Une leçon de méthode
Ces questions illustrent la méthode ashʿarite : on accepte ce que la révélation rapporte dès lors que la raison ne le juge pas impossible. On ne fait pas dépendre la foi des détails que la raison ne peut trancher. Et l’on refuse aussi bien de tout rationaliser que de nier ce qu’Allah a fait connaître.
À retenir
- Les réalités de l’au-delà se connaissent par la révélation, la raison en admettant la possibilité.
- Règle : accepter si possible ou si le jugement est suspendu ; interpréter si la raison juge impossible.
- Sont établies : résurrection, châtiment de la tombe, intercession, bassin, balance, pont.
- L’attitude juste est d’accepter ce qu’Allah a fait connaître sans le nier ni le dénaturer.