Le point de départ

Avant d’affirmer quoi que ce soit sur Allah, il faut savoir comment on connaît. C’est par cette question que commence le texte de base d’al-Nasafī, commenté par al-Taftāzānī : les réalités des choses sont établies, et la connaissance de ces réalités est possible. Contre ceux qui en doutent, il faut rappeler d’abord que le doute lui-même présuppose une vérité.

Une fois ce principe posé, on classe les causes de la connaissance. Le texte énumère trois causes pour la créature :

  1. Les sens sains (al-ḥawāss al-salīma)
  2. Le rapport véridique (al-khabar al-ṣādiq)
  3. La raison (al-ʿaql)

Cette division n’est pas arbitraire. Le commentateur en donne la logique : si la cause de la connaissance vient de l’extérieur, c’est le rapport véridique ; sinon, si elle est un instrument distinct de l’objet perçu, ce sont les sens ; sinon, c’est la raison.

1. Les sens

On compte cinq sens extérieurs : l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher. Chacun est une puissance créée par Allah pour percevoir un ordre déterminé de choses : l’ouïe pour les sons, la vue pour les couleurs et les formes, etc.

Un point de méthode important : les sens sont occasionnels, non autonomes. Ils ne produisent pas l’effet par eux-mêmes ; Allah crée l’acte de perception dans l’âme au moment où la faculté est employée. C’est pourquoi les ashʿarites rejettent la thèse selon laquelle une cause naturelle agirait par sa propre vertu.

Le commentateur discute aussi la question de savoir si l’on peut percevoir par un sens ce qui relève normalement d’un autre. Il conclut à la possibilité : comme tout dépend de la création divine, rien n’empêche Allah de créer, par exemple, la perception d’un son au moyen de l’œil. Ce qui est constant, c’est l’usage habituel, non une nécessité intrinsèque.

2. Le rapport véridique

Le rapport (ou information) véridique se divise en deux :

  • Le rapport massivement transmis (al-khabar al-mutawātir) : une information rapportée par un si grand nombre de personnes qu’il est inconcevable qu’elles se soient concertées pour mentir. Il produit une connaissance nécessaire, comme celle de l’existence des rois de l’Antiquité ou des pays lointains.
  • Le rapport de notre maître Muhammad ﷺ, confirmé par le miracle : c’est sur lui que repose l’essentiel des informations religieuses.

C’est par le rapport massivement transmis que nous savons que le Coran nous a été transmis, que les pratiques de notre maître Muhammad ﷺ nous sont parvenues, et que les faits historiques incontestables sont établis.

3. La raison

La raison est la troisième cause. Elle intervient là où les sens et le rapport ne suffisent pas : pour juger que le tout est plus grand que la partie, que le monde est apparu, ou pour ordonner des prémisses en vue d’une conclusion. Le commentateur note que les savants ont regroupé sous « raison » tout ce qui, en dernier ressort, ne relève ni des sens ni du rapport : le raisonnement discursif, mais aussi l’expérience et l’intuition.

Contre les sophistes

Le texte répond ensuite aux sophistes, qui nient la réalité des choses ou la possibilité de les connaître. On distingue ceux qui nient les réalités elles-mêmes, ceux qui les font dépendre de nos représentations, et ceux qui se déclarent incapables de savoir. La réponse est double : par l’évidence, nous sommes certains de certaines choses par les sens et par la démonstration ; et par contrainte, nier toute réalité revient encore à poser une réalité — le fait même de nier. Le commentateur conclut que, pour les sceptiques radicaux, la discussion rationnelle est impossible.

À retenir

  • Trois causes de la connaissance : les sens sains, le rapport véridique, la raison.
  • Les sens sont des instruments créés, non des causes autonomes.
  • Le rapport massivement transmis produit une connaissance nécessaire et fonde la transmission de la révélation.
  • La raison ordonne les preuves et tranche ce qui dépasse les sens.