Définition
Al-Jurjānī définit l’ijmāʿ : en langue, l’intention résolue et l’accord ; en terminologie, l’accord des mujtahids de la communauté de notre maître Muhammad ﷺ, à une même époque, sur une question religieuse. Deux éléments sont donc essentiels : il s’agit de savants qualifiés pour l’effort de recherche, et il porte sur une question relevant de la religion.
L’ijtihād, lui, est défini comme l’épuisement de l’effort par le juriste pour parvenir à une opinion (ẓann) sur une règle. Ces deux notions vont ensemble : l’ijmāʿ est l’accord des gens de l’ijtihād.
L’autorité de l’ijmāʿ
Pourquoi l’accord des savants fait-il autorité ? Parce que la communauté est préservée de l’erreur collective. Si une question de croyance fondamentale avait été tranchée de travers par l’ensemble des savants, la religion aurait été corrompue sans remède. L’ijmāʿ est donc un garde-fou : il protège les fondements contre l’innovation et fixe le sens reçu.
Il faut toutefois préciser son objet. L’ijmāʿ ne crée pas la vérité ; il la manifeste et la conserve. Il repose sur le texte et sur la raison, et non sur la seule autorité du nombre.
Ce qui est catégorique et ce qui est objet d’effort
La distinction décisive est ici :
- Les fondements catégoriques (qaṭʿiyyāt) : l’existence d’Allah, son unicité, la véracité des prophètes, la réalité de l’au-delà. Sur ces questions, la preuve est contraignante, l’accord est unanime, et la divergence n’est pas admise.
- Les questions d’effort (ijtihādiyyāt) : les points où le texte est équivoque ou la preuve discutable, et où le savant qualifié peut légitimement aboutir à des conclusions différentes.
Confondre les deux est une source d’erreur : on ne traite pas une question d’ijtihād comme un fondement, ni l’inverse.
L’ijtihād et ses divergences
Dans le domaine de l’ijtihād, la divergence n’est pas en soi un mal. Le mujtahid qui épuise son effort et se trompe est excusé ; celui qui atteint la vérité a une double récompense. La divergence y est la conséquence normale de la diversité des capacités et des indices, non une faille dans la religion.
En revanche, la divergence qui touche les fondements est d’une autre nature : elle met en cause l’accord de la communauté et doit être examinée avec rigueur.
Comment le croyant se situe
Le croyant ordinaire n’est pas tenu de trancher les questions techniques. Il doit :
- Tenir fermement les fondements sur lesquels l’accord est établi.
- Suivre les savants dignes de confiance pour les questions de détail, sans en faire des motifs de division.
- Ne pas transformer une divergence d’ijtihād en cause d’exclusion, ni inversement ériger une opinion personnelle en fondement.
L’essentiel est de distinguer ce qui engage la foi de ce qui relève de l’effort — et de ne pas faire de la divergence secondaire un prétexte à la discorde.
À retenir
- L’ijmāʿ est l’accord des mujtahids sur une question religieuse à une même époque.
- Il fait autorité parce qu’il protège les fondements de l’erreur collective.
- On distingue les fondements catégoriques (pas de divergence) des questions d’ijtihād.
- Dans l’ijtihād, la divergence est excusable ; le savant qui se trompe après effort n’est pas blâmé.
- Le croyant tient les fondements, suit les savants et évite de faire de la divergence une discorde.