La question

L’istiṭāʿa (capacité, pouvoir d’agir) est la puissance par laquelle un être vivant accomplit ses actes volontaires. Al-Jurjānī la définit comme « un accident qu’Allah crée dans l’animal, par lequel il fait les actes volontaires ».

La dispute porte sur un point précis : la capacité existe-t-elle avant l’acte, ou seulement avec l’acte ? Derrière cette question se cachent la nature de l’acte humain et le sens de la responsabilité.

La thèse muʿtazilite : avant l’acte

Les muʿtazilites soutenaient que la capacité existe avant l’acte et qu’elle demeure. Si l’homme doit être véritablement l’auteur de son acte et mériter récompense ou châtiment, il faut, disaient-ils, qu’il dispose d’un pouvoir préalable et durable.

Ils en tiraient que l’homme crée son acte, puisque la capacité est en lui avant l’acte et indépendante de l’acte.

La thèse ashʿarite : avec l’acte

Les ashʿarites répondent que la capacité est avec l’acte (maʿa al-fiʿl), non avant. La raison en est que la capacité est un accident (ʿaraḍ), et qu’un accident ne dure pas deux instants : il ne peut donc pas être présent avant l’acte et persister jusqu’à lui.

Si la capacité précédait l’acte, l’acte se produirait au moment où la capacité a déjà disparu — ce qui est contradictoire. La capacité est donc créée par Allah au moment même de l’acte, comme condition de son accomplissement.

La capacité est un accident créé

Deux affirmations en découlent :

  • La capacité n’est pas une qualité permanente de l’homme ; elle est un accident créé par Allah à chaque acte.
  • L’homme n’a donc pas de capacité autonome ; il reçoit la force d’agir au moment où il agit.

Cela distingue nettement les ashʿarites des muʿtazilites : pour ces derniers, le pouvoir est une possession stable de l’homme ; pour les premiers, c’est un don renouvelé, créé avec chaque acte.

Conséquences pour le kasb et la responsabilité

La capacité étant avec l’acte, comment l’homme reste-t-il responsable ? Par le kasb : l’acte est créé par Allah, mais l’homme l’acquiert en employant la capacité et la volonté qu’Allah lui donne à cet instant.

L’acte est donc bien le sien au titre de l’acquisition, sans que la puissance soit de lui. La responsabilité ne suppose pas un pouvoir préexistant, mais un acte acquis volontairement.

À retenir

  • L’istiṭāʿa est la puissance des actes volontaires, définie comme un accident créé.
  • Les muʿtazilites la plaçaient avant l’acte ; les ashʿarites la placent avec l’acte.
  • Un accident ne dure pas deux instants : il ne peut donc précéder l’acte.
  • L’homme n’a pas de capacité permanente ; elle est recréée à chaque acte.
  • La responsabilité tient au kasb, non à un pouvoir autonome.