Qu’est-ce qu’un dalīl ?

Al-Jurjānī définit le dalīl (preuve, indice) comme ce dont la connaissance entraîne nécessairement la connaissance d’une autre chose. Sa réalité formelle, précise-t-il, est que le terme moyen soit établi pour le terme mineur, et que le mineur soit inclus sous le moyen. Cette définition contient déjà toute la structure logique de la preuve.

L’istidlāl, lui, est l’acte de dresser la preuve pour établir ce qui est prouvé, que l’on aille de l’effet à la cause, de la cause à l’effet, ou d’un effet à un autre.

La structure : majeur, mineur, conclusion

Toute preuve discursive met en relation deux connaissances pour en produire une troisième. On peut la représenter ainsi :

  • Le mineur (aṣghar) : le sujet dont on parle, par exemple « le monde ».
  • Le moyen (awsat) : l’attribut que l’on fait jouer, par exemple « apparu ».
  • Le majeur (akbar) : l’attribut que l’on veut établir, par exemple « a besoin d’une cause ».

La preuve consiste à établir le moyen pour le mineur (« le monde est apparu ») et à inclure le mineur sous le majeur par le moyen (« tout ce qui est apparu a besoin d’une cause »). La conclusion en découle nécessairement.

Le mode de signification (wajh al-dalāla)

Ce qui distingue une preuve valide d’un simple rapprochement, c’est le mode de signification : la manière dont la connaissance des prémisses produit celle de la conclusion. Il ne suffit pas que deux propositions soient vraies côte à côte ; il faut que l’esprit saisisse le lien par lequel l’une conduit à l’autre.

Al-Ghazālī insiste : la connaissance du mode de dépendance entre prémisses et conclusion fait partie intégrante de la preuve. C’est ce mode qui fait que le naẓar est un acte réglé, et non une association d’idées fortuite.

Dalīl, ʿilla et sabab

Trois notions voisines doivent être distinguées :

  • Le dalīl : ce par quoi l’on connaît autre chose. Il est d’ordre épistémique — il conduit à la connaissance.
  • La ʿilla : ce avec quoi le jugement est requis, ce qui le motive réellement dans l’ordre des choses.
  • Le sabab : ce qui est voie d’accès à un jugement sans être lui-même l’agent de l’effet.

Ainsi, la fumée est un dalīl du feu (elle le fait connaître), mais elle n’en est pas la ʿilla (elle ne le produit pas). Et un horaire fixé est un sabab de la prière (il y conduit), sans être ni la preuve ni la cause efficiente.

Les conditions d’une preuve valide

Pour qu’une preuve contraigne, il faut :

  1. Que les prémisses soient connues et accordées.
  2. Que le lien entre prémisses et conclusion soit nécessaire.
  3. Que le raisonnement évite le cercle (prouver une chose par elle-même) et la régression infinie.
  4. Que la conclusion ne soit pas déjà supposée dans les prémisses.

Si l’adversaire accorde les prémisses et le mode de signification, il ne peut refuser la conclusion sans se contredire. C’est là toute la force de la preuve.

À retenir

  • Le dalīl est ce dont la connaissance entraîne la connaissance d’autre chose.
  • Structure : mineur (sujet), moyen (attribut médiateur), majeur (attribut visé).
  • Le mode de signification (wajh al-dalāla) est le lien qui fait conclure.
  • Dalīl fait connaître, ʿilla motive le jugement, sabab y conduit.
  • Une preuve valide évite le cercle et la régression infinie.