Deux chemins vers un même terme

La preuve classique part de l’apparition du monde (ḥudūth) : ce qui commence a une cause. Mais il existe une seconde voie, souvent présentée comme plus fondamentale, qui part non pas du commencement mais de la nature même du monde : il est possible (mumkin). Ces deux chemins ne se contredisent pas ; ils se renforcent, et il vaut la peine de les distinguer nettement.

Ce que veut dire « possible »

L’imkān est l’indifférence de l’essence à l’égard de l’être et du néant. Une chose est dite possible (mumkin) lorsque sa propre réalité ne réclame ni son existence ni son inexistence. Les lexiques le formulent ainsi : le possible est ce dont l’essence ne requiert ni l’existence ni le néant.

À l’opposé se tient le nécessaire (wājib) : ce dont l’essence requiert l’existence, de sorte qu’on ne peut le concevoir inexistant. Et l’impossible (mumtaniʿ) est ce dont l’essence requiert l’inexistence.

Retenons le contraste :

  • Nécessaire : l’existence lui est essentielle.
  • Possible : l’existence lui est indifférente ; elle lui vient d’ailleurs.
  • Impossible : l’inexistence lui est essentielle.

L’argument : du possible au nécessaire

Le raisonnement se déroule en trois temps.

  1. Le monde, dans son ensemble comme dans chacune de ses parties, est possible : rien dans sa réalité ne réclame qu’il existe plutôt qu’il n’existe pas.
  2. Or un possible, laissé à lui-même, resterait indéfiniment dans l’équilibre entre être et néant. Pour qu’il existe, il faut un facteur qui détermine l’existence plutôt que le néant — un determinant (murajjiḥ).
  3. Ce déterminant ne peut pas être lui-même purement possible, sous peine de renvoyer à un autre, et ainsi de suite. Il faut donc un être nécessaire par soi, qui existe par sa propre essence.

Ce que l’on nomme Allah, c’est précisément cet être nécessaire par soi (wājib al-wujūd bi-l-dhāt).

Comparer les deux voies

Voie du ḥudūthVoie de l’imkān
Point de départLe monde commence (il est apparu)Le monde est possible (indifférent à l’être)
Moyen termeTout apparu a une causeTout possible a besoin d’un déterminant
Ce que l’on atteintUne cause éternelleUn être nécessaire par soi
Ce qu’elle présupposeQue le monde a un commencementRien sur le commencement

La voie de l’imkān est plus large : elle atteint le nécessaire même en accordant à l’adversaire que le monde n’a pas de commencement. Elle répond donc directement à la thèse des philosophes, là où la voie du ḥudūth doit d’abord établir l’apparition du monde. En revanche, elle demande une analyse plus fine de l’essence et de la nécessité.

Pourquoi les deux se complètent

La voie du ḥudūth est plus proche de l’expérience : nous constatons des êtres qui commencent. La voie de l’imkān est plus proche du principe : elle montre que la dépendance est inscrite dans la nature même du possible, indépendamment de toute durée. La première insiste sur la cause ; la seconde, sur la nécessité. Ensemble, elles établissent le même résultat : un être nécessaire, cause de tout ce qui est possible.

À retenir

  • Le possible (mumkin) est ce dont l’essence n’exige ni l’existence ni le néant.
  • Un possible a besoin d’un déterminant pour passer à l’existence.
  • La chaîne des possibles doit s’arrêter à un être nécessaire par soi.
  • La voie de l’imkān diffère de celle du ḥudūth : elle ne présuppose pas que le monde commence.
  • Les deux voies se complètent : l’une part de la cause, l’autre de la nécessité.