Module 00 · Fondations de la croyance

Méthodes de preuve et nature du jugement

20 min · 4 questions

Ce module donne l’outillage logique du parcours. Sans lui, les preuves qui suivent ne seraient que des affirmations.

L’essentiel

Toute connaissance nouvelle se ramène à trois connaissances : deux prémisses et une conclusion qui en découle. La preuve (dalīl) est la mise en relation ordonnée des deux prémisses ; l’examen (naẓar) est l’acte par lequel on les convoque et l’on saisit le lien.

Al-Ghazālī retient trois méthodes :

  1. Sibr wa taqsīm — circonscrire à des cas, écarter les impossibles, établir le restant.
  2. Enchaînement de deux prémissestout ce qui ne se sépare pas des choses apparues est apparu ; or le monde ne s’en sépare pas ; donc il est apparu.
  3. Réduction à l’absurde — montrer que la thèse adverse mène à l’impossible.

Le raisonnement

Ces méthodes partagent une même exigence : si l’adversaire accorde les prémisses, il ne peut refuser la conclusion. La force de la preuve vient de là.

Les prémisses elles-mêmes reposent sur les données des sens et les évidences de l’intelligence. On ne prouve jamais à partir de rien.

Le début du texte de base d’al-Nasafī fournit un second outillage, celui du jugement :

  • Le vrai (ḥaqq) est le jugement conforme au réel ; il s’applique aux paroles, aux croyances, aux religions.
  • Le faux (bāṭil) est son contraire.
  • Le savoir consiste à connaître les réalités des choses et à en juger.
  • Face aux sophistes — qui nient les réalités ou la possibilité de les connaître — on répond par l’évidence, et par la contrainte : nier toute réalité est encore porter un jugement, donc poser une réalité.

Enfin, les qualifications de beau (ḥasan) et de laid (qabīḥ) sont relationnelles : un acte est beau ou laid selon sa convenance avec une fin et selon les circonstances. C’est pourquoi on ne peut en déduire une obligation absolue qui s’imposerait à Allah.

À ne pas confondre

  • Preuve et opinion : la preuve contraint l’esprit ; l’opinion ne fait que pencher.
  • Jugement vrai et vérité des choses : le jugement est vrai quand il est conforme au réel.
  • Beau/laid et bien/mal moral absolu : les premiers sont relationnels ; la loi révélée détermine les devoirs.

En résumé

  • Toute preuve : deux prémisses, une conclusion.
  • Trois méthodes : division, enchaînement, réduction à l’absurde.
  • Le jugement est vrai s’il est conforme au réel.
  • Beau et laid sont relationnels ; les devoirs viennent de la révélation.
Les trois méthodes de preuve
Établir une conclusion
Sibr wa taqsīm
  • Circonscrire à des cas
  • Écarter les impossibles
  • Établir le restant
Enchaînement de prémisses
  • Prémisse 1
  • Prémisse 2
  • Conclusion nécessaire
Réduction à l’absurde
  • Thèse adverse
  • Elle mène à l’impossible
  • Donc elle est impossible

Quiz

Répondez à toutes les questions puis vérifiez. Les questions ratées pourront être revues.

  1. Associez chaque méthode de preuve à sa description.

    Sibr wa taqsīm
    Enchaînement de prémisses
    Réduction à l’absurde
  2. Selon al-Ghazālī, toute connaissance nouvelle se ramène à :

  3. Le beau (ḥasan) et le laid (qabīḥ) sont, pour les ashʿarites, des qualités absolues connaissables par la raison seule.

  4. Quel est le sens de « wājib » (obligatoire) retenu par les ashʿarites dans ce contexte ?