Le principe

Allah est transcendant : il n’est pas comme les choses créées. Cette transcendance n’est pas seulement un sentiment pieux ; elle se démontre. La démarche consiste à montrer successivement qu’Allah n’est pas un corps, qu’il n’est pas un accident, qu’il n’est pas dans un lieu ni dans une direction.

Allah n’est pas une substance localisée

On distingue le corps (un composé) et la substance individuelle (un élément indivisible et localisé). Or nous avons établi qu’Allah est éternel. Or tout ce qui est localisé ne se sépare pas du mouvement ou du repos, qui sont des choses apparues ; et tout ce qui ne se sépare pas des choses apparues est lui-même apparu. Donc un être localisé serait apparu, ce qui contredit son éternité. Allah n’est donc ni corps, ni substance localisée.

On peut ajouter une preuve par la composition : tout corps est composé de parties localisées. Or s’il était composé, il pourrait être plus grand ou plus petit. Entre ces possibilités, aucune ne l’emporterait sans un facteur déterminant. Il aurait donc besoin d’un déterminant, et serait fait plutôt que faiseur.

Allah n’est pas un accident

Un accident est une qualité qui réside dans un corps ou une substance. Si Allah était un accident, il aurait besoin d’un support, et ce support serait un corps — lequel est apparu. Or un être éternel ne peut dépendre d’un être apparu. Allah n’est donc pas un accident.

Allah n’est pas dans une direction

Les six directions — haut, bas, devant, derrière, droite, gauche — n’ont de sens que pour ce qui occupe un lieu. « Être au-dessus de nous » signifie occuper un lieu du côté de la tête ; « être en dessous » signifie l’occuper du côté des pieds. Or occuper un lieu est le fait de la substance localisée, ou d’un accident qui en dépend. Comme Allah n’est ni substance ni accident, il n’est dans aucune direction.

Le cas de l’« établissement » sur le Trône

Un verset dit que le Miséricordieux s’est établi (istawā) sur le Trône. Le raisonnement montre qu’Allah ne peut pas s’établir sur un corps : s’établir suppose d’être plus grand, plus petit ou égal à ce sur quoi l’on s’établit — dans tous les cas une mesure, donc une limite. Et si l’on pouvait être en contact par un côté, on pourrait l’être par tous, ce qui ferait d’Allah un être encerclé. Or cela est exclu.

La conclusion d’al-Ghazālī est ferme : puisqu’Allah n’est ni corps ni accident, il n’a pas besoin de s’établir. Quant au verset, il relève de la catégorie des textes dont il faut traiter le sens selon les règles établies — ce que nous verrons dans l’article consacré aux versets équivoques.

Une règle de prudence

Le raisonnement ne porte pas sur les mots mais sur les notions. Si quelqu’un emploie un terme comme « corps » ou « lieu » en lui donnant un sens différent de celui du langage courant, le débat devient verbal. Ce que l’on refuse, c’est d’attribuer à Allah un sens qui implique qu’il soit apparu, composé ou limité. C’est cela, et cela seul, que la preuve interdit.

À retenir

  • Allah est éternel ; or ce qui est localisé est apparu. Donc Allah n’est pas localisé.
  • Il n’est ni corps, ni substance, ni accident.
  • Les directions et l’établissement sur le Trône supposent un lieu : ils sont exclus au sens propre.
  • On juge les notions, non les étiquettes verbales.