Pourquoi distinguer deux familles
Une fois les sept attributs établis, un fait saute aux yeux : ils ne se comportent pas tous de la même manière. Certains conviennent à Allah considéré en lui-même ; d’autres ne prennent sens que par rapport à ce qu’il produit. De là la division entre attributs de l’essence (ṣifāt al-dhāt) et attributs des actes (ṣifāt al-afʿāl).
Cette distinction n’est pas un ornement scolaire. Elle décide de ce qu’il est légitime de dire d’Allah avant l’existence de toute créature, et de ce qui dépend d’un objet produit.
Les attributs de l’essence
Un attribut de l’essence est celui dont l’attribution à Allah ne dépend d’aucune créature. Les sept attributs de perfection — vie, science, puissance, volonté, ouïe, vue, parole — sont de cette famille. Allah est vivant, savant et puissant de toute éternité, et cela demeurerait vrai même si rien n’avait été créé.
Ils sont donc éternels (qadīma) et subsistent en son essence. Il faut toutefois une nuance : la volonté a pour objet des possibles, et l’ouïe comme la vue saisissent des choses créées. Mais l’attribut lui-même ne commence pas avec son objet : c’est la capacité de vouloir et de percevoir qui est éternelle.
Les attributs des actes
Un attribut d’acte est celui dont la notion implique un objet produit (mafʿūl). Créer (khalq), pourvoir (rizq), faire vivre, faire mourir, élever, abaisser : on ne conçoit pas un « créateur » sans quelque chose de créé, ni un « pourvoyeur » sans bénéficiaire.
Ces attributs se rattachent donc aux créatures et à des objets qui commencent dans le temps. Il importe de bien voir que ce rattachement n’introduit aucun changement en Allah. La relation naît avec l’objet, non dans l’essence : Allah ne devient pas créateur après avoir été non-créateur. Il est éternellement celui qui agit quand il veut, sur ce qu’il veut.
Le critère de distinction
Le test est simple : peut-on concevoir l’attribut sans poser un objet créé ?
- Si oui, il relève de l’essence : science, puissance, vie, ouïe, vue, parole.
- Si non, il relève de l’acte : création, providence, don de la vie et de la mort.
Quelques cas sont discutés. La parole en fournit l’exemple : la parole intérieure (kalām al-nafs) est un attribut d’essence, tandis que ses expressions faites de lettres et de sons relèvent de l’acte. La volonté, elle aussi, touche à des possibles sans cesser d’être un attribut d’essence.
Conséquences sur les noms divins
Les noms suivent les attributs. Les noms de l’essence — Vivant, Savant, Puissant, Voulant, Entendant, Voyant, Parlant — s’appliquent de toute éternité. Les noms d’actes — Créateur, Pourvoyeur, celui qui donne la vie, celui qui élève — désignent Allah par une relation à un objet créé.
La question se pose alors : ces derniers s’appliquent-ils dès l’éternité ? La réponse découle de la distinction : l’attribut par lequel Allah agit est éternel, mais la relation nommée se renouvelle avec chaque objet. Il ne faut donc pas croire qu’Allah acquiert une perfection nouvelle en créant.
Le juste équilibre
Cette division protège deux vérités à la fois : l’éternité d’Allah, que rien de créé ne pénètre, et la réalité de son action sur le monde, car il n’est pas un spectateur oisif. Confondre les deux familles conduit soit à faire d’Allah un être qui change, soit à lui refuser toute action véritable. Le corpus tient fermement les deux bouts.
À retenir
- Les attributs de l’essence conviennent à Allah indépendamment de toute créature ; ils sont éternels.
- Les attributs des actes ont pour notion un objet produit ; ils se rattachent aux créatures.
- Ce rattachement n’introduit aucun changement dans l’essence divine.
- Les noms suivent les attributs : noms d’essence éternels, noms d’actes liés à un objet.
- Confondre les deux familles mène soit au changement en Allah, soit à la négation de son action.