Deux attributs établis

Allah est entendant (samīʿ) et voyant (baṣīr). Ces deux attributs figurent parmi les sept attributs de perfection. Ils sont établis par la révélation, qui les affirme clairement, et confirmés par la raison : l’Être qui sait tout n’est pas privé de la saisie de ce qui se perçoit.

Les savants les traitent ensemble, car ils partagent une même fonction : atteindre le particulier concret.

Ce que l’ouïe et la vue saisissent

L’ouïe atteint les sons ; la vue atteint les couleurs, les formes et les grandeurs. Ce sont des qualités singulières, situées et déterminées, que ni le seul raisonnement ni la seule science abstraite ne saisissent en tant que telles.

Il faut donc distinguer la perception (idrāk) de la science (ʿilm). La science peut porter sur l’universel ; la perception porte sur l’objet présent à un sens. Confondre les deux conduit à méconnaître la nature de l’ouïe et de la vue.

Le lien avec la science du particulier

Ces deux attributs se rattachent à la science du particulier. C’est précisément parce qu’Allah connaît les singuliers qu’il peut être dit entendant et voyant : il perçoit tel son, telle couleur, telle parole.

Mais ils ne sont pas la science elle-même : ils en sont des modes de saisie distincts. La science connaît ; l’ouïe et la vue perçoivent. Le même objet peut être connu et perçu, sans que connaître et percevoir soient une seule et même opération.

Réfutation de ceux qui les réduisent à la science

Certains soutenaient qu’Allah « sait » les sons et les couleurs, et que cela suffit : il n’aurait besoin ni d’ouïe ni de vue. Leur but était d’éviter d’attribuer à Allah des facultés distinctes.

La réponse est double. D’abord, si toute saisie se réduisait à la science, la distinction entre savoir qu’un son existe et entendre ce son disparaîtrait, alors que ces deux choses se conçoivent séparément. Ensuite, l’ouïe et la vue sont des perfections : nier ce que le texte affirme et que la raison n’exclut pas serait une privation, indigne d’Allah. Enfin, ce que ces attributs saisissent — les qualités singulières — relève bien de la connaissance du particulier, que l’on a établie.

Percevoir sans organe ni condition

Allah entend sans oreille et voit sans œil. Chez nous, la perception dépend d’un organe, d’un milieu (air, lumière) et d’une distance. Ces conditions tiennent à notre corporéité ; elles ne sauraient être transposées à Allah, qui n’est ni corps ni accident.

Comme les autres attributs de l’essence, l’ouïe et la vue sont éternelles. Allah n’a pas acquis l’ouïe en créant des sons, ni la vue en créant des couleurs.

À retenir

  • Allah est entendant et voyant : attributs réels, établis par la révélation et par la raison.
  • Ils saisissent le particulier concret : sons, couleurs, formes.
  • La perception (idrāk) se distingue de la science (ʿilm), même si elle s’y rattache.
  • Les réduire à la science supprime une perfection que le texte affirme.
  • Allah perçoit sans organe ni condition corporelle ; ces attributs sont éternels.