Le sens de la puissance

Allah est puissant (qādir). La puissance (qudra) est l’attribut par lequel un être peut produire un acte quand il le veut, sans obstacle ni contrainte. Chez nous, cette puissance est limitée, intermittente et liée à des organes. En Allah, elle est parfaite, éternelle et sans borne.

Établir la puissance, c’est d’abord établir que le monde est un acte : un effet ordonné suppose une capacité de le produire. Mais aussitôt surgit une question : cette puissance a-t-elle des limites ? Et que signifient les fameuses questions « Allah peut-il… ? ».

La puissance porte sur le possible

La puissance divine a pour domaine le possible (mumkin) : tout ce dont la notion n’implique pas contradiction. Les choses du monde, et une infinité d’autres qui ne sont pas, sont possibles ; Allah peut les produire ou ne pas les produire.

Ce qui n’est pas possible, ce n’est pas le possible non réalisé, mais ce qui répugne à être : l’impossible par soi (al-muḥāl li-dhātihi).

L’impossible par soi

Est impossible par soi ce dont la supposition entraîne une contradiction : un carré qui serait rond, une chose qui serait à la fois existante et inexistante au même instant, un même être qui serait éternel et apparu. Ces énoncés ne décrivent pas une « chose très difficile » : ils ne décrivent rien.

Leur impossibilité ne vient pas d’un manque de puissance, mais de ce que l’expression elle-même n’a pas de contenu. On ne dit donc pas qu’Allah « n’y arrive pas » ; on dit que cela n’est pas une chose.

Le sens de la question « Allah peut-il… ? »

Beaucoup de questions classiques se dissolvent ainsi. « Allah peut-il créer une pierre qu’il ne pourrait pas soulever ? » : si la pierre était soulevée, Allah serait capable ; si elle ne l’était pas, il ne le serait pas — mais la question suppose les deux à la fois. C’est une contradiction déguisée, non une épreuve de puissance.

« Allah peut-il créer un autre dieu, ou un être semblable à lui ? » : cela signifierait un second être nécessaire. Or le nécessaire ne se multiplie pas ; deux êtres nécessaires s’excluent. « Allah peut-il cesser d’exister ? » : cela contredit sa nécessité même. Dans chaque cas, l’impossible est dans la chose, non dans la puissance.

Puissance sans épuisement

La puissance d’Allah ne se fatigue pas, ne s’épuise pas, ne décroît ni ne croît. Elle n’a besoin ni d’instrument, ni de matière préexistante, ni de motif qui la contraindrait. Allah agit quand il veut, sans que son acte lui coûte quoi que ce soit. La multiplicité des créatures ne l’épuise pas, comme l’infinité de ses paroles ne tarit pas sa parole.

À retenir

  • La qudra est l’attribut par lequel Allah produit ce qu’il veut, sans obstacle ni contrainte.
  • La puissance a pour domaine le possible ; l’impossible par soi n’est pas un objet de puissance.
  • L’impossible est une contradiction dans la chose, non une défaillance d’Allah.
  • Les questions « Allah peut-il… ? » décrivent souvent des contradictions déguisées.
  • La puissance divine est sans épuisement, sans instrument ni motif contraignant.