Qu’est-ce que le taqlīd ?
Le taqlīd (تقليد) désigne, selon la définition du lexique, le fait de suivre autrui — dans sa parole ou dans son acte — en le tenant pour vrai, sans examen de la preuve (naẓar). L’image sous-jacente est celle d’une chaîne (qilāda) que l’on passe au cou : le disciple suspend sa conviction au cou d’un autre.
Il faut donc distinguer le taqlīd de deux choses voisines :
- la certitude par preuve (ʿilm naẓarī), où l’on adhère après avoir examiné le dalīl ;
- l’ignorance pure, où l’on n’a ni adhésion ferme ni preuve.
Le taqlīd suppose une adhésion sincère, mais non éclairée par l’examen. La question centrale du kalām est de savoir si cette adhésion suffit pour l’au-delà.
La foi par imitation est-elle valable ?
Le corpus répond par une distinction, non par un oui ou un non absolu. Le croyant simple, qui adhère fermement à la formule de foi sans savoir argumenter, n’est pas privé du statut de croyant : la foi est d’abord l’assentiment du cœur, et cet assentiment est bien présent.
Deux dangers apparaissent toutefois :
- Si un doute survient, l’imitation seule ne peut plus tenir : il faut alors la preuve.
- Pour celui qui peut examiner et ne le fait pas, le taqlīd devient un manquement, car la connaissance d’Allah possède une valeur propre.
La maxime qui se dégage : préserver la certitude du cœur, par l’imitation paisible quand elle suffit, par la preuve quand elle devient nécessaire.
L’obligation de la preuve selon les cas
La difficulté est de déterminer qui est tenu à l’examen (naẓar). On retrouve ici une divergence classique : le muʿtazilisme soutient que la raison seule impose de connaître Allah ; l’Ashʿarisme établit cette obligation par la loi révélée, la raison pouvant en revanche établir la connaissance elle-même.
Concrètement, la capacité de l’individu détermine son devoir :
- qui est incapable d’argumenter n’est pas tenu à ce qu’il ne peut accomplir ;
- qui en est capable mais vit dans une foi ferme et sans trouble se voit recommander la preuve sans être accablé ;
- qui est gagné par le doute doit chercher la preuve, sous peine de perdre la certitude.
Les quatre catégories de croyants
Le corpus range les hommes selon deux axes : la capacité d’examiner et l’état de la foi.
| Catégorie | Capacité | État | Devoir |
|---|---|---|---|
| Le commun | sans capacité | foi ferme | taqlīd suffisant |
| Le capable sans doute | capable | foi ferme | preuve recommandée |
| Le tourmenté par le doute | capable | foi chancelante | preuve obligatoire |
| Le savant | capable | charge de défendre | preuve et démonstration |
Cette grille montre que le taqlīd n’est ni uniformément condamné ni uniformément suffisant : il dépend du cas.
À retenir
- Le taqlīd est suivre autrui sans examen de la preuve.
- La foi simple par imitation n’est pas nulle, mais elle est fragile face au doute.
- L’Ashʿarisme rattache l’obligation à la loi révélée ; la raison établit la connaissance.
- Quatre catégories : commun, capable sans doute, tourmenté, savant.
- Règle : la certitude du cœur commande le recours à la preuve.